Méfaits du tourisme

Brève proposée par Philippe Meyer dans l'émission La fin de l’OTAN et l’heure de la défense européenne ? / n°392 / 2 mars 2025, que vous pouvez écouter ici. ou ci-dessous.

Méfaits du tourisme

Philippe Meyer

"Sous l’influence du tourisme, à Paris, les marchands de souvenirs, les vendeurs de vêtements, les boutiques d’objets de décoration, les boutiques de cosmétiques et de parfumerie, une certaine restauration rapide remplacent nombre de commerces de première nécessité. Il en résulte une concentration de l'offre qui provoque un enchérissement de la vie quotidienne. Parallèlement, un nombre croissant d’appartements deviennent des logements provisoires destinés aux touristes après que les propriétaires ont fait partir leurs locataires à bail en augmentant leur loyer au maximum. Cette tendance à l’enchérissement des loyers, qui atteint fréquemment des hauteurs impudentes touche également les locaux professionnels de certains métiers essentiels, notamment les professions de santé. Médecins, infirmiers, kinésithérapeutes et autres professions dont les actes et consultations sont réglementés doivent ou bien faire face à ces augmentations ou bien quitter les quartiers touristiques où ces augmentations de loyer sont lesplus nombreuses et les plus conséquentes ou encore avancer leur départ à la retraite. Dès le milieu des années 1990 des voix s'étaient fait entendre pour appeler les pouvoirs publics, notamment municipaux, à élaborer une politique de régulation des conséquences du tourisme dont on sait que les excès ont provoqué dans certaines villes européennes des effets presque irréparables et des mouvements d'hostilité d'une partie de la population. À quelques mois des élections municipales cette politique de régulation devrait être l'un des premiers éléments des programmes des différents candidats. Il faut pour le moment à Paris se contenter d’un texte qui rend plus risquée et plus coûteuse la fraude aux locations touristiques hors règles, mais sans que l’on aperçoive les moyens de son application tandis que le président de la République appelle à une augmentation de 33% des visiteurs du Louvre, souhaitant porter leur nombre à 12 millions quand le plus grand musée du monde a été conçu pour en accueillir 4 millions. Quand on sait dans quel état est aujourd’hui le Louvre, cela s’appelle compter sur la phtisie pour soigner la tuberculose."


Les autres brèves de l'émission :

J’écris l’Iliade

Marc-Olivier Padis

"Je vous recommande ce livre de Pierre Michon, cas particulier parmi les écrivains français, peut-être le seul à s’inscrire dans une grande tradition littéraire, et pour qui la seule justification de l‘écriture est de tenter de se mettre à l’altitude de la plus haute littérature. Il n’écrit pas pour régler des comptes avec son héritage familial ou pour parler de lui, ni pour transposer dans un futur proche ou un passé plus ou moins lointain des problématiques de l’actualité. La seule ambition qui vaille à ses yeux est de se mesurer aux plus grands, en l’occurrence Homère. Ambition démesurée, évidemment vouée à l’échec, mais un échec lucide et splendide, qui le conduit à réécrire le mythe d’Actéon, ce chasseur qui vit Artémis au bain et fut changé en cerf, puis dévoré par ses propres chiens, ou de Pasiphaé. Une lecture toujours éblouissante. "


Quatre nuits d’un rêveur

Lucile Schmid

"Je suis pour ma part allée au cinéma, où j’ai vu ce film de Robert Bresson de 1972, qui vient de ressortir. Il est extraordinaire, avait inspiré les Amants du Pont Neuf de Leos Carax. Pendant quatre nuits, Jacques et Marthe sont enveloppés par le Pont Neuf, par les bruits, par les lumières, par cette vision d’un Bateau mouche d’où sort une bossa nova envoûtante. Le film est profondément mélancolique, puisque Jacques n’arrive pas à parler aux femmes, ce qui le conduit à enregistrer des déclarations d’amour assez stéréotypées sur magnétophone, tandis que Marthe rêve à des hommes qui n’existent pas. Quand il réalise ce film, Robert Bresson a 70 ans, mais il réussit à faire passer cette mélancolie d’une jeunesse qui a tout espéré de mai 68, et se réveille face à une réalité où l’amour n’a guère de place, sinon dans les rêves et la mélancolie …"


Notre homme à Washington : Trump dans la main des Russes

Jean-Louis Bourlanges

"Pour prolonger notre conversation d’aujourd’hui, je vous recommande ce livre de Régis Genté. Il est court, très élégamment écrit, et il montre parfaitement la profondeur, l’intensité et l’ancienneté des liens entre le 47ème président des Etats-Unis et la Russie, qu’elle soit soviétique ou non. Ces liens remontent aux années 1970, ils ont été décisifs au moment d’aventures financières scabreuses et aléatoires de Donald Trump. Cela met en évidence une dissonance assez profonde entre la stratégie des Républicains de l’époque Reagan / Bush 1, et les positions de Trump. Est-il pour autant un agent ? Le livre montre bien à quel point il est parfaitement identifié et « choyé » par les services de renseignement russes. Traître ? Pas encore (c’est beaucoup plus récent), mais manifestement d’intelligence avec l’ennemi. Le livre met le doigt sur une chose qu’on a du mal à comprendre : comment les Républicains d’aujourd’hui peuvent-ils s’accommoder d’une rupture aussi totale avec les victoires de Reagan et de Bush senior ? Car s’il est une chose dont les présidents Républicains peuvent s’enorgueillir, c’est d’une victoire dans la guerre froide. Il semble que Trump tétanise le parti républicain, on se demande pour combien de temps."


Hommage à Roberta Flack

François Bujon de L’Estang

"Ce n’est pas de jazz dont je vous parlerai cette semaine, mais de soul music, puisque j’aimerais évoquer la disparition de Roberta Flack, à 88 ans. Immense figure de la soul, même si elle est moins connue que Nina Simone ou Aretha Franklin, pure washingtonienne bien que née en Caroline du Nord, elle fut une icône musicale, récompensée de deux Grammy awards en 1973 et 1974, pour des chansons devenues des classiques du patrimoine américain : « The first time ever I saw your face », et le véritable tube planétaire « Killing me softly with his song ». Deux chansons qu’elle popularisa au point qu’on croit qu’elle en est l’auteure. Roberta Flack était également une figure de la lutte pour les droits civiques, proches de grandes figures afro-américaines comme Angela Davis et Jesse Jackson. Merveilleuse chanteuse, très grande dame. Je suis très heureux d’avoir eu la chance d’assister à sa rencontre avec Nelson Mandela en 1999 à Washington. Si vous voulez l’écouter, je vous recommande particulièrement ses deux premiers disques : First take et Chapter Two."