Les brèves




Matisse 1941-1954

Philippe Meyer, créée le 21-06-2026

"J’ai été très impressionné par cette exposition consacrée aux dernières années de Matisse. On y retrouve ses ultimes peintures, mais aussi ses célèbres collages, qui apparaissent ici comme de véritables œuvres d’invention plutôt que comme un simple passe-temps. L’exposition rappelle aussi combien la réussite d’un tel événement tient autant à la qualité des œuvres qu’à leur mise en scène. Dans les vastes espaces du Grand Palais, les œuvres respirent et dialoguent admirablement entre elles. Et, avantage non négligeable par les temps qui courent, il y fait sensiblement plus frais que dans bien d’autres endroits."


Miles Davis, Révolutions jazz

Marc-Olivier Padis, créée le 21-06-2026

"Et puisque je suis dans les podcasts, je voudrais signaler cette série des Sagas musicales de France Musique consacrée à Miles Davis, à l’occasion du centenaire de sa naissance. Ce que j’y trouve fascinant, c’est la manière dont elle montre qu’à plusieurs reprises Miles Davis a ouvert des voies entièrement nouvelles dans l’histoire du jazz. De Birth of the Cool à Kind of Blue, de Bitches Brew à Tutu, chaque étape correspond à une réinvention de son art. La série est très bien documentée et permet de comprendre pourquoi son influence dépasse largement le seul cadre du jazz pour toucher l’histoire de la musique tout entière."


Pour les enfants : éduquer dans la dignité, éduquer à la liberté

Matthias Fekl, créée le 14-06-2026

"Dans le contexte de la tragique affaire Lyhanna, j’ai été particulièrement touché par le livre de Pierre Vesperini, publié aux éditions Les Belles Lettres. L’auteur part d’un constat préoccupant : les nombreuses défaillances de notre société dans la manière dont elle traite et éduque les enfants, avec trop souvent de la brutalité, de la violence ou des formes de maltraitance. Ce qui rend cet ouvrage particulièrement précieux, c’est sa capacité à croiser les connaissances scientifiques les plus récentes avec les grandes réflexions héritées de l’Antiquité et de la littérature. Pierre Vesperini ne se contente pas d’un diagnostic ; il propose une réflexion ambitieuse sur ce que pourrait être une éducation véritablement démocratique, respectueuse de la dignité des enfants et tournée vers la liberté. C’est un livre à la fois exigeant, accessible et profondément humaniste."


Brilliant corners

François Bujon de L’Estang, créée le 14-06-2026

"Cela faisait longtemps que je n’avais pas parlé de jazz, et la disparition récente de Sonny Rollins m’en fournit l’occasion. Mort à 96 ans après s’être retiré de la scène en 2012, il laisse derrière lui une œuvre immense. J’ai eu la chance de l’entendre une dernière fois à l’Olympia, vers 2010 ou 2011. C’était un musicien singulier, réfléchi et cultivé, qui n’hésitait pas à interrompre sa carrière pendant plusieurs années pour perfectionner son art et réfléchir à son évolution musicale. Parmi les nombreux enregistrements qu’il nous laisse, j’invite particulièrement à l’écouter au sein du quartet de Thelonious Monk dans l’album Brilliant Corners, enregistré en 1956, où son talent éclate avec une force remarquable."


L’abandon

Philippe Meyer, créée le 14-06-2026

"J’ai été profondément marqué par ce film de Vincent Garenq consacré aux onze jours qui ont précédé l’assassinat de Samuel Paty. Ce qui m’a frappé d’abord, c’est sa parfaite sobriété : personne n’essaie de faire sortir son mouchoir au spectateur, pourtant l’émotion surgit à plusieurs reprises. Le récit des faits est remarquablement construit et interprété. Antoine Reinartz et Emmanuelle Bercot sont excellents dans les rôles de Samuel Paty et de la principale, mais je voudrais aussi souligner la performance d’Emma Boumali, qui incarne la jeune fille à l’origine de l’engrenage. Son interprétation est si convaincante que je me suis souvenu de ce qui était arrivé à Pierre Dux après son rôle de fasciste dans Z, tant certains spectateurs ont parfois tendance à confondre l’acteur et le personnage … Je formulerais néanmoins une réserve sur le titre, car le film ne montre pas exactement un abandon. Les institutions ne sont pas absentes ; elles réagissent toutes, à leur manière. Mais entre les lourdeurs bureaucratiques, le manque de moyens, les responsabilités mal définies et la communication parfois inexistante, rien n’aboutit. Ce que le film décrit avec force, ce n’est pas l’abandon, mais le dysfonctionnement d’un système qui, malgré la présence de tous les acteurs censés intervenir, se révèle incapable d’empêcher la catastrophe."


Etty

Marc-Olivier Padis, créée le 14-06-2026

"J’ai beaucoup aimé cette série en six épisodes, encore disponible sur Arte, consacrée aux dernières années de la vie d’Etty Hillesum. On y découvre cette jeune écrivaine néerlandaise qui, entre 1941 et 1943, tient un journal intime exceptionnel, aujourd’hui disponible en français aux éditions du Seuil. Elle rêve alors de devenir l’une des grandes voix de la littérature néerlandaise, tout en traversant à la fois les épreuves de l’occupation nazie, des épisodes de dépression et une profonde quête spirituelle. Ce qui me paraît particulièrement réussi, c’est le choix de ne pas reconstituer l’époque de manière classique. Les réalisateurs montrent Amsterdam dans son décor contemporain, avec des costumes et des personnages d’aujourd’hui. Ce décalage produit un effet saisissant : il rapproche cette histoire de notre présent et rappelle combien les régimes autoritaires n’appartiennent pas seulement au passé. La série restitue avec finesse le cheminement intérieur d’Etty Hillesum, son rapprochement progressif avec le christianisme et sa dimension mystique. Mais ce qui m’a le plus frappé, c’est la banalité de la persécution. Tout se déroule dans un cadre d’apparente normalité, résumé par cette phrase glaçante prononcée avec le sourire par une fonctionnaire néerlandaise : « tout est en ordre »."


Saxophone colossus

François Bujon de L’Estang, créée le 14-06-2026

"Mais si je ne devais recommander qu’un seul disque de Sonny Rollins à ceux qui ne le connaissent pas encore, ce serait sans doute Saxophone Colossus, également enregistré en 1956. Rollins y affirme pleinement cette voix unique qu’il a développée entre hard bop et free jazz. On y entend aussi les échos de ses racines caribéennes : sa mère était née à Saint-Thomas et son père à Sainte-Croix, et les influences du calypso traversent souvent sa musique. Cet album reste l’une des meilleures portes d’entrée vers l’œuvre de ce géant du jazz, qui a joué et enregistré avec quelques-uns des plus grands noms de son époque, de Miles Davis à Thelonious Monk, en passant par Horace Silver, Bud Powell ou Clifford Brown."


Hommage à Marjane Satrapi

Nicolas Baverez, créée le 07-06-2026

"Je voudrais rendre hommage à Marjane Satrapi, disparue à 56 ans. Artiste exceptionnelle, elle a marqué la bande dessinée, le dessin, la peinture et le cinéma. Avec Persepolis, qui me paraît être, avec Maus d’Art Spiegelman, l’une des plus grandes bandes dessinées jamais réalisées, elle a réussi à mêler l’intime, la politique, l’histoire personnelle et la grande Histoire. Dans une époque troublée, cette œuvre rappelle aussi une idée chère à Soljenitsyne : face aux empires autoritaires, la véritable force réside souvent dans la résistance intérieure à l’oppression. Grâce à Persepolis, elle a transmis à des millions de lecteurs son amour de l’Iran, sa connaissance de ce pays et son attachement à la liberté."


Les frères d'Astier de La Vigerie, Français libres : François, Henri et Emmanuel, compagnons de la Libération

Jean-Louis Bourlanges, créée le 07-06-2026

"J’ai beaucoup aimé ce livre publié chez Taillandier l’an dernier par Emmanuel Rondeau, petit-fils de l’un des frères d’Astier de La Vigerie. Il retrace le destin fascinant de trois frères très différents, mais tous trois compagnons de la Libération, ce qui est déjà exceptionnel. Henri, venu de l’Action française, joue un rôle important dans l’opération Torch et dans l’élimination de l’amiral Darlan ; François est un héros de l’aviation de la Première Guerre mondiale ; Emmanuel, ministre de l’Intérieur du Gouvernement provisoire, suivra ensuite une trajectoire plus singulière. À travers cette fratrie d’aristocrates anticonformistes, le livre montre une vérité essentielle : la France libre fut d’abord une aventure portée par des personnalités improbables, des individus isolés, des « moutons à cinq pattes ». C’est aussi ce que montre très bien la première partie du film consacré à de Gaulle, malgré des bandes-annonces qui en donnent une image totalement trompeuse. Ce qui m’a frappé, dans le livre comme dans le film, c’est la manière dont la Résistance apparaît d’abord comme l’œuvre de femmes et d’hommes seuls, capables de prendre des décisions extraordinaires dans des circonstances exceptionnelles."