Les brèves

Le nouveau pouvoir évangélique

Philippe Meyer, créée le 10-05-2026

"Le dimanche de Pentecôte, nous recevrons Sébastien Fath dont le livre m’a permis de réviser un certain nombre d’idées reçues sur le mouvement évangélique. J’y ai découvert une réalité beaucoup plus nuancée que ce que l’on imagine souvent, notamment en ce qui concerne leur influence aux États-Unis, qui semble décroître, alors même qu’elle s’affirme fortement ailleurs, en particulier en Afrique. Le livre propose une analyse très documentée et ouvre des perspectives utiles pour comprendre les recompositions religieuses à l’échelle mondiale, en dépassant les clichés habituels."


Une sortie honorable

Akram Belkaïd, créée le 10-05-2026

"Michaela et moi ne nous étions pas concertés, mais il se trouve que je vous recommande moi aussi un livre d’Éric Vuillard, paru en 2022. J’ai été très frappé par la manière dont Éric Vuillard mêle le récit historique et une véritable écriture littéraire pour revisiter la guerre d’Indochine. À travers une série de portraits et de scènes — des débats à l’Assemblée nationale aux figures politiques françaises et américaines — il met en lumière les aveuglements, les postures et les contradictions d’une époque. La place de Pierre Mendès France est très bien analysée, qui, dès 1950, appelait à une solution politique et n’a pas été entendu, illustrant le retard tragique avec lequel la décision de négocier a été prise. Le livre éclaire aussi les illusions entretenues autour de cette guerre, jusqu’au désastre de Dien Bien Phu, et propose une réflexion très actuelle sur la responsabilité politique et le poids des discours."


Les espions du président

Philippe Meyer, créée le 10-05-2026

"La semaine prochaine, nous recevrons Pierre Gastineau pour nous parler du renseignement Français. Il se trouve que Pierre Gastineau est co-auteur, avec Antoine Izambard, de ce livre qui explore les mutations récentes du renseignement, un univers en constante recomposition. On y comprend à quel point l’espionnage a évolué, bien au-delà de l’image un peu figée que l’on en a parfois, y compris depuis des œuvres de fiction comme Le bureau des légendes qui ont pourtant marqué les esprits. L’ouvrage éclaire ces transformations avec précision et permet de mieux saisir les enjeux contemporains liés à ces services, leur adaptation technologique et leur rôle stratégique dans un monde devenu plus instable et plus opaque."


L’ordre du jour : récit

Michaela Wiegel, créée le 10-05-2026

"Ce livre d’Éric Vuillard me paraît d’une actualité frappante, tant il éclaire les relations troubles entre le pouvoir économique et le pouvoir politique dans un moment décisif de l’histoire. Le récit montre comment une partie du grand patronat allemand s’est laissée entraîner dans le soutien à Hitler, par calcul et par intérêt, en pensant y trouver un bénéfice pour ses affaires, sans mesurer — ou en feignant d’ignorer — les conséquences. Ce qui m’a particulièrement marquée, c’est la manière dont l’auteur met en évidence à la fois la manipulation opérée par Hitler et la continuité des grandes entreprises après la guerre, malgré leur implication dans des pratiques criminelles comme le travail forcé, avec des réparations finalement très limitées."


Israël-Palestine : histoire, société, économie : un atlas géopolitique pour tout comprendre

Béatrice Giblin, créée le 10-05-2026

"Cet atlas constitue un outil particulièrement précieux pour comprendre un conflit souvent abordé de manière partielle ou simplifiée. Il a le mérite d’être entièrement centré sur Israël-Palestine, en replaçant à la fois les dynamiques historiques et les réalités contemporaines, depuis la formation d’Israël dans un environnement hostile jusqu’à la construction nationale palestinienne. J’ai été frappée par la richesse des cartes, à différentes échelles, qui permettent de saisir concrètement des situations très complexes, comme à Hébron, ainsi que par les éclairages apportés sur des sujets souvent mal compris, notamment la démographie. L’ensemble offre aussi une lecture très utile des conséquences récentes du 7 octobre et des recompositions en cours au Moyen-Orient, ce qui en fait un support de compréhension particulièrement solide."


Il est toujours plus tard qu’on ne croit : chroniques

Jean-Louis Bourlanges, créée le 10-05-2026

"Ces chroniques m’ont touché par ce qu’elles révèlent d’une famille dont l’histoire intime se confond avec une part essentielle de notre mémoire collective. À travers la figure d’Antoine Veil, à laquelle je reste personnellement très attaché, se dessine un parcours fait de discrétion, d’engagement et d’une forme d’élégance dans l’effacement, au service d’une femme dont le destin public fut exceptionnel. La disparition récente de Pierre-François Veil, président de la fondation pour la mémoire de la Shoah, m’a rappelé combien cette lignée a su incarner à la fois la fidélité à une mémoire, et une capacité à intervenir avec mesure dans les débats contemporains. Ce livre prolonge cette impression d’une continuité entre les générations, faite de retenue, d’intelligence et d’un sens profond de l’intérêt général."


Concerts à la Sainte Chapelle

Nicole Gnesotto, créée le 03-05-2026

"Je reste dans la musique, mais à un niveau plus junior, en vous recommandant deux salles de concert atypiques : la Sainte-Chapelle, d’abord, qui accueille jusqu’à la fin juin des festivals, qu’il s’agisse d’opéra ou de piano, dans un cadre évidemment exceptionnel. J’y ai découvert une jeune mezzo-soprano absolument phénoménale, Aliénor Schmitlin, qui m’a littéralement impressionnée par son talent, notamment dans un programme consacré à Gershwin, avec une présence et une qualité d’interprétation vraiment remarquables, et c’est typiquement le genre de moment où le lieu, la jeunesse des artistes et l’intensité de la musique se conjuguent de façon très heureuse."


Concerts pédagogiques au Théâtre de la Concorde

Nicole Gnesotto, créée le 03-05-2026

"Dans un tout autre registre, mais toujours avec cette idée de transmission, j’ai été très frappée par ce que propose le Théâtre de la Concorde, dans l’ancien espace Pierre Cardin : une fois par mois, des concerts pédagogiques gratuits, ce qui est déjà en soi assez remarquable. Le violoniste Paul Serri, un très jeune musicien promis, me semble-t-il, à un grand avenir, commence par une vingtaine de minutes d’explication, à la fois sur le compositeur et sur l’œuvre, en donnant des clefs très concrètes pour comprendre la musique, sa construction, son langage, quel que soit le siècle abordé. Puis vient l’interprétation, souvent en formation de musique de chambre avec violoncelle et alto, et l’ensemble est absolument saisissant : on sort à la fois ébloui par la qualité musicale et enrichi intellectuellement, avec le sentiment d’avoir réellement appris à écouter. Attention, le succès est tel qu’il faut s’y prendre très longtemps à l’avance pour réserver."


Nous l’orchestre

Philippe Meyer, créée le 03-05-2026

"Ce film m’a frappé par la manière dont il parvient à rendre sensible, presque de l’intérieur, ce que signifie être musicien d’orchestre, réalité souvent difficile à appréhender même pour un amateur éclairé. Philippe Béziat, dont la maîtrise du cinéma musical est remarquable, s’inscrit dans le travail exigeant des Films Pelléas et propose ici une véritable immersion, fondée sur une année d’observation au sein de l’Orchestre de l’Opéra de Paris. Loin de toute lecture idéologique ou démonstrative, il donne à voir les musiciens dans leur quotidien, leurs équilibres, leurs contraintes, leur engagement. La présence de Klaus Mäkelä, chef à la fois charismatique et d’une douceur singulière, ajoute une dimension particulièrement intéressante, en contraste avec d’autres traditions de direction plus autoritaires : on mesure ainsi que des styles radicalement différents peuvent produire des résultats artistiques tout aussi puissants. C’est aussi une invitation à explorer le travail plus large de cette équipe, notamment à travers le catalogue très riche des Films Pelléas, qui témoigne d’un rapport inventif et souvent réjouissant à la musique filmée."


Nous l’orchestre

Lucile Schmid, créée le 03-05-2026

"C’est la première fois que cela m’arrive : ma brève est exactement la même que celle de Philippe, il y a eu une forme de télépathie, et je dois dire que, même si je suis moins mélomane que lui, j’ai adoré ce film pour des raisons assez proches. Ce qui m’a vraiment frappée, c’est la manière dont il permet de comprendre ce que c’est que d’être musicien d’orchestre, de participer à une aventure collective tout en ayant une relation très intime à la musique, avec cette difficulté de trouver sa place, qui n’est jamais la même selon l’instrument ou la position qu’on occupe. J’ai aussi été très sensible au fait qu’on voit des musiciens venus d’ailleurs, arméniens, portugais, souvent jeunes, qui racontent pourquoi ils ont choisi cette voie, pourquoi ils passent ces concours exigeants, et cela dit quelque chose de très fort sur la musique comme langage universel. Et puis il y a ces moments assez incroyables, presque politiques, où apparaissent à l’écran des petites phrases assassines, sur ceux avec qui ils vont pourtant travailler pendant des décennies : cela rend le film extrêmement vrai, pas du tout politiquement correct, on voit bien qu’on peut se côtoyer, ne pas s’aimer, se réapprivoiser, tout en étant tenu par une discipline commune. Il y a enfin des moments de pure émotion, comme ce solo de cor anglais absolument bouleversant, et au fond c’est un film très humain, qui montre une société où le talent, les tensions, les piques et même le commérage coexistent sans jamais s’annuler."


Le cœur lourd : conversation avec Vincent Trémolet de Villers

David Djaïz, créée le 03-05-2026

"J’ai ouvert ce livre d’entretiens d’Alain Finkielkraut avec une certaine réserve, m’attendant à retrouver une forme de déploration familière, et j’ai été surpris par tout autre chose : une réflexion beaucoup plus subtile, organisée autour de ce que Finkielkraut appelle le « cœur lourd », c’est-à-dire l’expérience d’une époque où l’on affronte la haine sans pouvoir se prévaloir d’une innocence. Le livre est structuré par trois fidélités devenues problématiques : à une France qu’il ne reconnaît plus, à une gauche dont il s’est éloigné — au point de dire que c’est précisément parce qu’il en est qu’il n’y est plus — et à un Israël dont il refuse à la fois les caricatures antisionistes et les aveuglements face à certaines dérives contemporaines. Ce jeu de tensions, ces fidélités contrariées, composent au fond une méditation sur la mélancolie et sur l’art de tenir ensemble des positions apparemment inconciliables, et c’est cette complexité qui m’a, contre toute attente, profondément retenu."


Les jeunes et la laïcité

Marc-Olivier Padis, créée le 03-05-2026

"Ce livre de Charles Mercier et Philippe Portier m’a paru particulièrement utile dans un contexte où le débat public tend à se crisper autour de diagnostics souvent alarmistes sur le rapport des jeunes à la religion et à la laïcité. Fondé sur un matériau empirique solide — enquêtes, sondages, entretiens qualitatifs — il permet de sortir des caricatures en montrant à la fois qu’il existe bien un écart générationnel, les jeunes ayant un rapport un peu différent à la laïcité, et que cette jeunesse est loin d’être homogène. Ce qui ressort, c’est plutôt une large acceptation du pluralisme, y compris religieux, une forte valorisation de l’autonomie individuelle, un refus des discriminations, et une adhésion au cadre laïque dans sa dimension essentielle de garantie de la liberté de conscience. L’ensemble constitue un travail rigoureux, qui remet en perspective beaucoup d’inquiétudes actuelles et invite à nuancer les lectures les plus pessimistes d’une société fragmentée."