Les brèves

La nature n’est pas un décor : exposition à la maison Caillebotte

Nicole Gnesotto, créée le 31-05-2026

"J’ai envie de faire découvrir un lieu remarquable, la Maison Caillebotte, à Yerres dans l’Essonne, qui mérite à lui seul le déplacement tant la demeure et ses jardins sont magnifiques, particulièrement précieux durant les périodes de forte chaleur. Mais la visite prend aujourd’hui une dimension supplémentaire grâce à l’exposition « La nature n’est pas un décor », présentée jusqu’en octobre, où huit peintres français et étrangers revisitent la nature dans un dialogue qui évoque aussi l’amitié entre Caillebotte et Claude Monet, familier de cette maison. Parmi eux, j’ai été particulièrement frappée par le travail de Charlotte de Maupeou, jeune peintre formée aux Beaux-Arts et ancienne assistante de Castelbajac, dont les immenses paysages de prairies et de champs déploient des lumières et des couleurs extraordinaires. Sa manière de peindre au sol, dans sa ferme, par grands aplats, produit une émotion difficile à décrire et que la revue Connaissance des Arts a d’ailleurs également saluée. Voilà un ensemble rare où se rejoignent peinture, nature et beauté d’un lieu."


Georges Mandel : le premier résistant

Matthias Fekl, créée le 31-05-2026

"Je voudrais également attirer l’attention sur Georges Mandel, le premier résistant, biographie consacrée par Hugo Coniez à cette figure majeure de notre histoire politique. Trente-cinq ans après l’ouvrage de référence de Jean-Noël Jeanneney, ce livre remet en lumière un grand serviteur de l’État, proche de Clemenceau, esprit d’une rare lucidité et victime d’un antisémitisme constant tout au long de sa carrière, jusqu’à son assassinat lâche en forêt de Fontainebleau. Une manière de redécouvrir un homme que l’histoire française n’a peut-être pas encore pleinement mesuré."


Comment naquit la guerre de 14

Jean-Louis Bourlanges, créée le 31-05-2026

"Ces temps-ci, je suis plongé dans des travaux ayant trait à l’entre-deux-guerres et à la guerre froide, et cela m’a conduit vers un ouvrage d’histoire que je n’avais jamais lu, Comment naquit la guerre de 1914 d’Alfred Fabre-Luce, préfacé par Georges-Henri Soutou. Ce livre m’a beaucoup intéressé parce qu’il prend résolument le contre-pied d’une certaine tradition historiographique française en réexaminant les responsabilités du déclenchement de la guerre et en soulignant, avec un relativisme stimulant, le rôle central de la Russie — et, à mes yeux, celui de l’Allemagne — là où la thèse contemporaine des « somnambules » tend davantage à diluer les responsabilités. L’ouvrage devient encore plus passionnant lorsqu’il aborde l’après-guerre et livre une critique sévère de la politique française d’occupation de la Ruhr, montrant comment la France n’a pas su transformer intelligemment sa victoire ni saisir les ouvertures apparues avec Stresemann. Fabre-Luce me paraît se tromper lorsqu’il voit dans Munich une ultime victoire de la sécurité collective, et sans doute sous-estime-t-il aussi le poids décisif de l’état-major prussien, mais précisément ces erreurs et ces partis pris rendent sa lecture féconde. Au fond, ce livre invite à réfléchir à une question qui demeure actuelle : il n’y a pas d’ordre européen durable sans communauté de valeurs démocratiques, et c’est peut-être là la leçon historique la plus importante."



Entrée de Guy Savoy à l’Académie des Beaux-Arts

Michaela Wiegel, créée le 31-05-2026

"Nous avons aujourd’hui parlé d’humanisme, et j’ai été particulièrement touchée par un événement qui en donne, à mes yeux, une belle incarnation : l’entrée de Guy Savoy à l’Académie des Beaux-Arts, première fois qu’un chef cuisinier y siège. Je voudrais saluer le remarquable discours prononcé à cette occasion par Laurent Petitgirard, compositeur et secrétaire perpétuel de l’Académie, dont une phrase m’a particulièrement frappée : « la gastronomie est la connaissance raisonnée de tout ce qui a rapport à l’Homme en tant qu’il se nourrit. Son but est de veiller à la conservation des Hommes au moyen de la meilleure nourriture possible ». Je trouve cette définition profondément belle et je me réjouis que, parmi les arts reconnus par l’Académie, l’art culinaire trouve désormais pleinement sa place."





L’ordre du jour : récit

Michaela Wiegel, créée le 10-05-2026

"Ce livre d’Éric Vuillard me paraît d’une actualité frappante, tant il éclaire les relations troubles entre le pouvoir économique et le pouvoir politique dans un moment décisif de l’histoire. Le récit montre comment une partie du grand patronat allemand s’est laissée entraîner dans le soutien à Hitler, par calcul et par intérêt, en pensant y trouver un bénéfice pour ses affaires, sans mesurer — ou en feignant d’ignorer — les conséquences. Ce qui m’a particulièrement marquée, c’est la manière dont l’auteur met en évidence à la fois la manipulation opérée par Hitler et la continuité des grandes entreprises après la guerre, malgré leur implication dans des pratiques criminelles comme le travail forcé, avec des réparations finalement très limitées."


Il est toujours plus tard qu’on ne croit : chroniques

Jean-Louis Bourlanges, créée le 10-05-2026

"Ces chroniques m’ont touché par ce qu’elles révèlent d’une famille dont l’histoire intime se confond avec une part essentielle de notre mémoire collective. À travers la figure d’Antoine Veil, à laquelle je reste personnellement très attaché, se dessine un parcours fait de discrétion, d’engagement et d’une forme d’élégance dans l’effacement, au service d’une femme dont le destin public fut exceptionnel. La disparition récente de Pierre-François Veil, président de la fondation pour la mémoire de la Shoah, m’a rappelé combien cette lignée a su incarner à la fois la fidélité à une mémoire, et une capacité à intervenir avec mesure dans les débats contemporains. Ce livre prolonge cette impression d’une continuité entre les générations, faite de retenue, d’intelligence et d’un sens profond de l’intérêt général."


Le nouveau pouvoir évangélique

Philippe Meyer, créée le 10-05-2026

"Le dimanche de Pentecôte, nous recevrons Sébastien Fath dont le livre m’a permis de réviser un certain nombre d’idées reçues sur le mouvement évangélique. J’y ai découvert une réalité beaucoup plus nuancée que ce que l’on imagine souvent, notamment en ce qui concerne leur influence aux États-Unis, qui semble décroître, alors même qu’elle s’affirme fortement ailleurs, en particulier en Afrique. Le livre propose une analyse très documentée et ouvre des perspectives utiles pour comprendre les recompositions religieuses à l’échelle mondiale, en dépassant les clichés habituels."


Une sortie honorable

Akram Belkaïd, créée le 10-05-2026

"Michaela et moi ne nous étions pas concertés, mais il se trouve que je vous recommande moi aussi un livre d’Éric Vuillard, paru en 2022. J’ai été très frappé par la manière dont Éric Vuillard mêle le récit historique et une véritable écriture littéraire pour revisiter la guerre d’Indochine. À travers une série de portraits et de scènes — des débats à l’Assemblée nationale aux figures politiques françaises et américaines — il met en lumière les aveuglements, les postures et les contradictions d’une époque. La place de Pierre Mendès France est très bien analysée, qui, dès 1950, appelait à une solution politique et n’a pas été entendu, illustrant le retard tragique avec lequel la décision de négocier a été prise. Le livre éclaire aussi les illusions entretenues autour de cette guerre, jusqu’au désastre de Dien Bien Phu, et propose une réflexion très actuelle sur la responsabilité politique et le poids des discours."