"Je voudrais recommander le livre de mon camarade de la Cour des Comptes, Jean-Marie Guéhenno. Je l’ai lu cet été, et trouve que la pensée est d’une complexité rare. Il y a peu de préconisations, et c’est tant mieux, mais la crise de l’Occident et de la démocratie est analysée avec une très grande finesse. Tout part d’un constat : l’Europe s’est trompée en croyant que le modèle démocratique avait triomphé, alors qu’il ne s’agissait que de l’effondrement du modèle soviétique. A partir de ce grand malentendu, il analyse toutes composantes de la crise démocratique et montre que cela va bien au delà des querelles qui nous agitent, qu’il s’agit d’une transformation de la conception même des rapports entre les citoyens, c’est à dire une société politique fragmentée, organisée dans des territoires de plus en plus virtuels, fondée sur l’identité et l’ajustement difficile entre des identités plus ou moins compatibles (d’où l’idéalisation du respect). Une démocratie profondément en panne, qui a substitué le culte des identités à l’organisation de l‘altérité et à l’organisation du bien commun. Enfin, une lecture aussi ambivalente qu’intéressante sur la Chine, dont il montre à la fois le caractère horrifique, mais aussi le modèle implicite que cela représente pour une société comme la nôtre, éperdue de discorde et de querelles."