Les brèves

Le choc démographique

Nicolas Baverez, créée le 22-03-2020

"Bruno Tertrais nous montre que ce sont les problèmes humains (vieillissement, naissances, urbanisation) qui sont au cœur des problèmes du monde d’aujourd’hui, mais aussi qu’il n’y a pas de choc démographique des civilisations, ce qui est tout à fait positif, puisqu’il est donc possible d’avoir une politique raisonnable en matière de démographie. C’est la chance d’aller vers un monde plus pacifique, et elle est bienvenue par les temps qui courent. "


Le hussard sur le toit

Nicolas Baverez, créée le 22-03-2020

"Sans doute l’un des plus beaux livres de Jean Giono. Le roman se passe en 1832 pendant la crise du choléra. Le héros, Angelo Pardi, est d’une certaine manière le fils spirituel du Fabrice del Dongo de Stendhal, et il affronte l‘épidémie de choléra en Provence. Giono disait de son livre : « le choléra est un révélateur, un réacteur chimique qui met à nu les tempéraments les plus vils ou les plus nobles ». Je pense qu’il en va de même aujourd’hui avec le coronavirus. "


Disparition de Nicolas Alfonsi

Jean-Louis Bourlanges, créée le 22-03-2020

"Je voudrais rendre hommage à ce sénateur de la Corse, Nicolas Alfonsi, qui vient décéder, du coronavirus d’après ce que j’ai compris. C’était quelqu’un que j’ai bien connu, élu radical de gauche en 1981, puis chevènementiste, moins par hostilité à l’idée européenne que par hostilité au nationalisme corse. Nicolas Alfonsi a été un formidable patron du conservatoire du littoral en Corse. Il a, avec ténacité, clairvoyance, et un grand courage politique, constamment tenu tête à toutes les formes de mafias, et a grandement contribué à ce que le littoral corse soit encore aujourd’hui largement préservé, et nous hideusement défiguré comme peut l’être celui de la Côte d’Azur. Il a bien mérité, de la « petite patrie » comme de la grande. "




La non-publication des mémoires de Woody Allen

Jean-Louis Bourlanges, créée le 08-03-2020

"Je suis scandalisé par le sort réservé aux mémoires de Woody Allen par les éditions Hachette. Il s’agit purement et simplement d’une censure, au nom de l’indignation supposée d’un certain nombre de gens, et ce malgré les excuses absolument pas crédibles prétextant que les raisons de cette décision sont purement commerciales. Je crois que cela pose deux problèmes. D’abord : doit-il y avoir un rapport entre une œuvre publiée et la moralité de son auteur ? De François Villon au Caravage, il semble que non. Je rappelle qu’andré Gide disait qu’on ne faisait pas de littérature avec des bons sentiments. Ensuite : qui doit juger ? Woody Allen doit-il être jugé par des juges ou des justiciers ? Selon quelle procédure ? Est-il essentiel de commencer par lui interdire de parler ? On avait cela à un certain moment, cela s’appelait les décrets de Prairial, et ce n’était pas une bonne idée. "


Didier Bezace

Philippe Meyer, créée le 15-03-2020

"On entrait de plain-pied dans son ambition. Il ne l’expliquait pas, il la donnait à voir et à entendre. Il l’illustrait par ses choix si ouverts, d’auteurs, de textes, d’interprètes, de mises en scène, par son besoin de partager ces choix avec le public le plus large, de concevoir sa programmation pour ce public et non pour flatter le conformisme de la critique. Il chantait volontiers, il avait même d’abord pensé que c’était sa vocation, aidé autant que trompé par sa voix au timbre de clarinette basse et se sentant chez lui dans l’univers de Brassens ou de Montero, de Pia Colombo ou de Patachou, de Lluis Llach ou de Pete Seeger. On entrait de plain-pied dans sa camaraderie. Aller voir les spectacles qu’il programmait au Théâtre de la Commune d’Auberviliers, en parler avec lui, le suivre dans cette cafétéria où il était disponible à tout le monde, c’était revigorer les enthousiasmes, les rêves et les idéaux que nous avaient insufflés, dont nous avaient persuadés, qu’avaient incarné pour nous Jean Vilar et la troupe du TNP. Ceux qui lui doivent d’avoir fait vivre cette idée du théâtre malgré la pétrification des milieux culturels et le carriérisme qui y règne sont dans un profond chagrin."


La Turquie, l’invention d’une diplomatie émergente

Lionel Zinsou, créée le 15-03-2020

"A plusieurs reprises nous avons évoqué les politiques turques vis à vis de l’Europe, de l’OTAN, de la Russie, ou des mondes arabe ou persan. Or la Turquie reste mal connue en France. On n’enseigne presque plus la Question d’Orient. Ce livre remarquable et savant de Jana Jabbour, chercheuse à Sciences Po, paru en 2017 aux éditions du CNRS, permet de mieux s’orienter dans les errances apparentes de M. Erdogan. Au-delà du seul Néo-Ottomanisme et des nostalgies impériales, on y comprend beaucoup mieux en quoi la Turquie cherche à se créer un rang contemporain de grande puissance que ses succès économiques modernes expliquent mieux que l’héritage historique. "


La longue nuit syrienne

Nicole Gnesotto, créée le 15-03-2020

"Cet essai de Michel Duclos est capital aujourd’hui pour comprendre et relever le défi syrien, même si sa portée va bien au-delà. Michel Duclos fut ambassadeur en Syrie en 2006 et il conseille aujourd’hui l’Institut Montaigne. Plusieurs strates font la richesse de cet ouvrage : on y trouve bien sûr une analyse des facteurs qui ont conduit à la guerre civile, puis à une guerre internationale sur le sol syrien, dans laquelle la Russie, la Turquie et l’Iran jouent un rôle majeur. On y trouve aussi une réflexion lucide sur les impasses respectives des solutions militaires (en Irak en 2003) et diplomatiques (en Syrie en 2013) qui attendent les occidentaux face aux crises extérieures. Enfin, Michel Duclos entame une réflexion magistrale sur le nouvel ordre, ou chaos mondial, qui consacre la montée en puissance des nouveaux régimes autoritaires, sur fond d’abandon occidental, et notamment américain."


Revue « Zadig » (numéro 5)

Michaela Wiegel, créée le 15-03-2020

"Je recommande le dernier numéro de Zadig sur « Ces maires qui changent la France » et plus particulièrement la « fiche de lecture » de l’historienne Mona Ozouf sur « La crise allemande de la pensée francaise ». 150 ans après la guerre franco-allemande (« une guerre presque oubliée », dit Ozouf) elle a relu le livre de Claude Digeon sur la blessure intellectuelle que constituait la victoire éclair de la Prusse. « Il s’agit de l’effondrement brutal des deux images, celle de l’Allemagne, celle de la France », observe Ozouf. Sommes-nous à nouveau à un tel changement de perception entre nos deux pays ?"


Ernst Kantorowicz, une vie d’historien

Matthias Fekl, créée le 08-03-2020

"Je vous recommande la biographie du grand historien Ernst Kantorowicz par Robert Lerner. Kantorowicz est comme vous le savez l’auteur des Deux corps du Roi. Cette biographie est parue en anglais en 2017 et a été traduite l’an dernier chez Gallimard. C’est un livre très fort, on y suit l’itinéraire d’un homme, ses propres ambiguïtés intellectuelles avant de faire des choix incontestables. On y vit la crise économique, l’effondrement, politique, moral et intellectuel de l’Europe, on y croise de grandes figures, comme Isaiah Berlin ou Marc Bloch. Passionnant."


La grande aventure de l’égyptologie

Lionel Zinsou, créée le 08-03-2020

"Pour ceux qui, sur la question de l’Orient étendu jusqu’à l’Egypte, s’intéressent à la continuité des grands empires et le renouveau des impérialismes anciens, je recommande ce livre de Robert Solé, paru il y a quelques mois. Il allie les qualités du romancier à une très grande érudition. Il met en scène le prestige de l’école française, mais aussi la rivalité allemande et britannique. Comment se joue, dans la recherche et la reproduction de la puissance impériale égyptienne, cette espèce d’extraordinaire soft power en matière politique et culturelle."