Les brèves

Le régime iranien à livre ouvert

Jean-Louis Bourlanges, créée le 26-04-2026

"Ce qui a retenu mon attention cette semaine, c’est ce livre signé Camille Alexandre, dont l’identité reste mystérieuse, peut-être celle d’un diplomate. L’ouvrage propose une analyse très documentée, claire et décapante de la République islamique iranienne, en explorant ses fondements théologiques et politiques, ce mélange complexe de religion, de révolution, d’autoritarisme et de nationalisme que nous peinons à comprendre. Sa lecture est précieuse parce qu’elle éclaire des questions que nous nous posons quotidiennement, dans un contexte où même les grandes puissances semblent parfois dépassées par la nature de cet adversaire."


La fin d’un monde

Michaela Wiegel, créée le 19-04-2026

"Ce livre de Pierre Haski m’a beaucoup intéressée parce qu’il mêle un parcours personnel, depuis sa Tunisie natale jusqu’à ses expériences de journaliste à travers le monde, notamment en Chine ou à Zanzibar, à une réflexion très concrète sur l’évolution du métier de journaliste. Ce qui m’a frappée, c’est la manière dont il raconte de l’intérieur certaines pratiques aujourd’hui presque disparues, comme ces reportages de terrain très incarnés que Libération avait organisés avant le référendum sur la Constitution européenne, en envoyant ses journalistes raconter le quotidien dans différents pays. À travers des anecdotes très précises, parfois surprenantes, on comprend comment se construisait l’information, avec une immersion qui allait très loin, et le livre devient ainsi aussi une forme d’histoire vivante du journalisme."


La psychanalyse, hors sujet

Marc-Olivier Padis, créée le 19-04-2026

"Je voudrais signaler cet article de Romain Bertrand publié sur le site de la revue AOC (pour Analyse Opinion Critique), une revue en ligne que je trouve précieuse par la qualité de ses contributions, souvent issues du monde universitaire mais écrites dans un registre accessible et engagé. Ce texte m’a particulièrement marqué parce qu’il ne relève pas de ses travaux habituels d’historien de la mondialisation, mais d’une expérience personnelle en tant qu’accompagnant d’un enfant autiste. Il intervient ainsi dans un débat très conflictuel sur les formes de prise en charge de l’autisme, et le fait avec une parole à la fois informée, réfléchie et incarnée. J’y ai vu un texte courageux, parce qu’il assume une position critique, notamment vis-à-vis de la psychanalyse, tout en rendant compte de la complexité d’une situation que le monde médical lui-même peine à appréhender."


L'évolution pédagogique en France

Antoine Foucher, créée le 19-04-2026

"La lecture de ces cours d’Émile Durkheim a été pour moi une véritable révélation intellectuelle, parce qu’elle apporte une explication très profonde à un trait que l’on retrouve constamment en France : ce goût pour l’abstraction et les idées générales, qui structure encore aujourd’hui notre système scolaire. Ce qui est frappant, c’est la généalogie qu’il en propose, en remontant notamment à l’enseignement des Jésuites aux XVIe et XVIIe siècles, contraints d’intégrer l’héritage de la Renaissance tout en transmettant le christianisme, ce qui les conduit à privilégier une approche abstraite, fondée sur les textes antiques mobilisés pour penser des catégories générales plutôt que des réalités concrètes. Les pages qu’il consacre à la différence entre Shakespeare et Molière sont particulièrement éclairantes : d’un côté une tradition ancrée dans le particulier, de l’autre une culture des types et des caractères. Et lorsque Durkheim décrit cette formation intensive, presque forcée, qui pousse les élèves à produire très tôt une pensée structurée, on a le sentiment troublant de lire une description de notre système actuel. Cela agit comme un miroir, à la fois explicatif et assez salutaire, en invitant à une certaine modestie sur ce que produit réellement cette formation des élites. Je termine en lisant un passage : « la culture que donnaient les cours était extraordinairement intensive et forcée. On sent comme un immense effort pour porter presque violemment les esprits à une sorte de précocité artificielle et apparente. De là, cette multitude de devoirs écrits, cette obligation pour l'élève de tendre sans cesse les ressorts de son activité, de produire prématurément et d'une manière inconsidérée ». On croirait lire la description des classes préparatoires en France en 2026, alors qu’il s’agit des cours des collèges jésuites au XVIIe siècle. Lumineux."



American spirits

Nicole Gnesotto, créée le 19-04-2026

"Ce recueil posthume de Russell Banks, composé de trois récits situés dans une petite ville de l’État de New York, m’a profondément marquée par la manière dont il fait surgir une violence extrême à partir de situations apparemment ordinaires, qu’il s’agisse de voisinage ou de relations familiales. À travers ces histoires, on découvre une société minée par la désindustrialisation, la précarité économique et une forme d’hypocrisie sociale où les apparences sont préservées tandis que les tensions s’accumulent en privé. Ce qui frappe, c’est à quel point cette violence intime éclaire, en creux, les évolutions politiques récentes des États-Unis, jusqu’à l’élection de Donald Trump. Le style est remarquable, avec une tension narrative constante et des chutes particulièrement efficaces, si bien que la lecture devient à la fois captivante et profondément mélancolique sur l’état de cette Amérique."


Károly Ferenczy : modernité hongroise

Philippe Meyer, créée le 19-04-2026

"J’ai été sensible à cette exposition consacrée à Károly Ferenczy, que l’on peut voir en ce moment au Petit Palais, parce qu’elle permet de suivre avec une grande clarté l’évolution de son travail, depuis ses débuts jusqu’aux dernières œuvres autour de 1910. Ce parcours met en évidence une peinture qui s’affine progressivement, avec notamment de très beaux portraits et des scènes marquées par un naturalisme apaisant, presque réconfortant, qui donne à l’ensemble une tonalité à la fois élégante et profondément humaine."


Champs de bataille : l’histoire enfouie du remembrement

Philippe Meyer, créée le 19-04-2026

"Cette bande dessinée de Inès Léraud et Pierre Van Hove fm’a beaucoup intéressé parce qu’elle revient avec précision sur la politique de remembrement de l’après-guerre et sur la manière dont une agriculture productiviste s’est imposée en France, dans le sillage notamment d’acteurs comme Edgar Pisani, qui reconnaissait lui-même, à la fin de sa vie, les limites et les erreurs de cette orientation. Le récit est solidement documenté, avec de nombreuses références qui permettent d’aller plus loin ou de vérifier les faits, et il met en lumière des décisions technocratiques d’une grande brutalité, prises au nom de l’efficacité. On y voit à quel point cette logique a pu relever d’une forme de table rase, presque doctrinale, indifférente aux conséquences humaines, économiques et écologiques, ce que la bande dessinée restitue avec une sensibilité et une intelligence remarquables."





Tableau historique de la France : la formation des courants politiques de 1789 à nos jours

Jean-Louis Bourlanges, créée le 29-03-2026

"Face aux évolutions électorales récentes, j’ai eu envie de revenir à des éléments plus structurels en relisant l’ouvrage d’Hervé Le Bras, qui propose une lecture très riche des dynamiques politiques françaises. Il s’inscrit dans une tradition qui va d’André Siegfried à Lévi-Strauss ou Foucault, en mettant en avant des structures profondes — géologie, peuplement, héritage, religion — qui façonnent durablement les comportements politiques. Mais ce qui fait l’intérêt du livre, c’est qu’il ne s’en tient pas à une simple morphologie : il introduit une réflexion sur la morphogenèse, c’est-à-dire sur la manière dont l’événement vient perturber, transformer et recomposer ces structures. Il en ressort une dialectique très éclairante entre le terrain, qui encadre et limite, et l’événement, qui bouscule et reconfigure, permettant de mieux comprendre la formation et l’évolution des courants politiques en France."