Les brèves

Un nouveau contrat écologique

David Djaïz, créée le 29-09-2024

"Je vous recommande ce livre signé d’Emmanuel Combet et Antonin Pottier, deux des meilleurs spécialistes de l’économie du climat. L’ouvrage est très important, il nous explique que l’approche technocratique de la transition, entièrement centrée sur les prix du carbone, les règlementations et les droits à polluer, ne peut qu’échouer. La transition écologique est tellement importante, et elle bouleverse tant de secteurs, de modes de production et de consommations et de relations sociales, qu’il faut revisiter tout le contrat social si on entend la réussir. Il faut inventer de nouvelles manières d’agir démocratiquement. Le livre en propose certaines, il regorge d’idées intéressantes. "


Ces Russes qui s’opposent à la guerre

Philippe Meyer, créée le 29-09-2024

"Je voudrais recommander Ces Russes qui s’opposent à la guerre, un livre collectif préfacé par Marie Mendras paru aux éditions Les Petits matins. « Un héros, écrivait Romain Rolland dans « Jean-Christophe », c’est quelqu’un qui fait ce qu’il peut. Les autres ne le font pas. ». Celui qui a créé le projet Iditie lessom, « Passer par la forêt » pour venir en aide aux déserteurs, celle qui, avec Memorial, cette association qui, jusqu’à sa dissolution par Poutine malgré son prix Nobel, rendait et continue à rendre aux Russes leur mémoire parce que sans cette mémoire, on ne peut pas constituer une société civile, celle qui a créé Kovtcheg, « L’Arche », pour accompagner les Russes en exil, celle qui anime la chaîne YouTube de la fondation anticorruption d’Alexeï Navalny, celui qui a fondé les éditions Freedom letters et qui, en publiant « Berceuse pour Mariopol », donne la mesure de l’abomination de la guerre de Poutine, tous, lorsque les artisans de ce livre leur demandent  : « qu’aimeriez-vous dire aux lecteurs européens ? » répondent qu’il existe dans toute la Russie des personnes qui ne se résignent pas à la tyrannie poutinienne et que soutenir l’Ukraine contre son agresseur, c’est les soutenir. Sergueï Gouriev, Grigori Sverdline, Alexandra Garmajapova, Inna Berezkina, Anastasia Chevtchenko, Irina Sherbakova, Anastasia Bourakova, Gueorgui Urushadze, Timofeï Martynenko, Natalia Arno, Lev Ponomarev, Helga Pirogova, et Olga Mikhaïlova, l’avocate de Navalny font ce qu’ils peuvent. Il me semble que nous pouvons leur donner le nom que leur réservait Romain Rolland, mais ce n’est pas ce qu’ils nous demandent ; ils nous demandent de réaliser et de dire qu’ils ne sont pas seuls et qu’en Russie et en dehors, il existe ce que Marie Mendras ne craint pas d’appeler une Résistance."


Israël : le piège de l’Histoire

François Bujon de L’Estang, créée le 29-09-2024

"C’est le moment de lire le livre de Gérard Araud sur Israël. Jeune diplomate en début de carrière dans l’Etat hébreu, puis ambassadeur entre 2003 et 2006, il connaît remarquablement le pays, qu’il a fréquenté à plusieurs périodes. Le livre est très bien écrit, se lit avec beaucoup de plaisir, et il est très clairvoyant sur l’évolution d’Israël et de la société israélienne de ces 60 dernières années. Ce ne sont absolument pas des mémoires, mais Gérard Araud nous livre quelques souvenirs personnels avec ses analyses sociologiques et politiques. L’ouvrage est plein de sympathies envers l’Etat hébreu, mais sans complaisance, et il n’omet aucune des menaces dont Israël est l’objet, qu’elles soient exogènes ou endogènes. N’oublions pas qu’Israël est un avant-poste de l’Occident dans le monde musulman, et c’est aussi à travers ce prisme qu’il faut examiner sa situation et son Histoire. "


Schnock n°52 « Pompidou »

Philippe Meyer, créée le 22-09-2024

"Je suis un lecteur assidu et généralement comblé de Schnock, la revue des vieux de 27 à 87 ans. Ses numéros sont de délicieux bains que nous prenons dans notre mémoire, mais aussi, et même surtout dans la mémoire des autres. Son 52ème numéro est essentiellement consacré à Georges Pompidou. Comme d'habitude, on y trouve aussi des coup de projecteur, ici sur Simone Signoret et le feuilleton La Juge, plus loin sur le comédien Henri Guybet ou sur le dessinateur Serre, dont les albums sont des chefs-d’œuvre d'humour noir servis par un crayon virtuose. Sur Georges Pompidou, on apprendra ou on se remémorera son goût de l'art contemporain, sa dilection pour la vitesse, qu'il s'agisse de conduire une Porsche ou de mener l'action du gouvernement, et on restera quelque peu ébahi en constatant tous les traits qui le distinguent de ses prédécesseurs et de ses successeurs. On pourra notamment méditer sur une période où la modernité était la préoccupation et le fait de la droite, mais, à mon regret, il manque à ce numéro un chapitre sur Pompidou et Paris. L'homme qui a fait inconsidérément (à mon avis) détruire les pavillons de Baltard et voué Paris à la destruction de son centre, sans réfléchir au fait que ce centre n'était pas seulement le ventre de la capitale mais aussi son cœur et qui a remplacé ce cœur par un hypersupermarché plein de commerces sans commerçants, cet homme-là aurait mérité que l'on passe en revue une politique dont l'embourgeoisement et l’uniformisation de la ville n'auront pas été la moindre des conséquences, ni la moins fâcheuse."


Théodoros

Richard Werly, créée le 22-09-2024

"Je suis en train de finir ce roman de Mircera Cartarescu, et je vous le recommande vivement. Je ne connaissais pas cet écrivain, il est professeur de littérature à Bucarest. Théodoros II était un roi d’Ethiopie, qui s’est suicidé dans son palais assiégé par l’armée britannique à l’époque de la reine Victoria. C’est absolument passionnant : une prose flamboyante qui m’a rappelé celle de Garcia Marquez. Je pense qu’il s’agit d’une œuvre majeure."


Dahomey

Lionel Zinsou, créée le 22-09-2024

"Je vous invite à aller voir ce film documentaire, qui a fait la une de Libération le jour de sa sortie (le 11 septembre dernier). Il a reçu l’Ours d’or du festival de Berlin. Il est signé de Mati Diop, une cinéaste sénégalaise très engagée, sur le propos de ce film : la restitution par la France des trésors royaux du Dahomey, l’ancien nom de l‘actuelle République du Bénin. Le Dahomey était l’un des grands royaumes de l‘Afrique de l’Ouest précoloniale, et les rois du Dahomey avaient par leurs commandes, constitué un trésor assez exceptionnel. Vingt-six objets était au musée du Quai Branly. En 2016, le président du Bénin a fait une demande de restitution, et la réponse avait été « non » sous la présidence de François Hollande, puis « oui » dans le discours de Ouagadougou du président Macron. Ce n’est pas simplement un documentaire. En 1h08, vous entendez s’exprimer les statues en train de rentrer chez elles, dans une atmosphère un peu fantomatique. L’image est magnifique, Mati Diop fait déjà obtenu en 2018 le grand prix du Festival de Cannes pour la qualité de sa photographie. Et vous voyez aussi les débats filmés de jeunes étudiants béninois, on y entend la charge d’émotions, le retour à la fierté à l’occasion du retour de ces objets pillés. La prise de conscience d’une génération africaine. Il se trouve que le trésor royal comportait 27 objets, il restait un trône qui avait disparu, et qui vient d’être retrouvé à Helsinki. La Finlande va le rendre, toute l’Europe est donc en train de s’engager dans ce processus de restitution."


Germaine Tillion : une certaine idée de la résistance

Nicolas Baverez, créée le 22-09-2024

"Comme l’époque manque un peu de sens et de grandes personnalités, je vous recommande cette biographie signée Lorraine de Meaux. Germaine Tillion est vraiment une figure incroyable, d’une force stupéfiante. D’abord ethnologue, elle fait partie du réseau du Musée de l’Homme. Arrêtée, envoyée à Ravensbrück, où elle galvanise les déportées pour supporter l’horreur. Par la suite, elle dénonce le goulag stalinien, et se tiendra aux côtés de de Gaulle et Camus dans la guerre d’Algérie. Une vie exceptionnelle et très inspirante."



Nord sentinelle : contes de l’indigène et du voyageur

Nicole Gnesotto, créée le 22-09-2024

"C’est la rentrée littéraire, et j’ai deux recommandations. D’abord ce roman de Jérôme Ferrari, présenté comme une critique du surtourisme en Corse. Même si ce thème figure dans le roman, il n’en est à mon avis pas le cœur. Il s’agit surtout d’une écriture vertigineuse, violente, sur l’extraordinaire bêtise, l’inculture, la paresse de la petite mafia corse, qui arnaque le touriste. Formidable."


Sortir du travail qui ne paie plus : compromis pour une société du travail au XXIème siècle

Philippe Meyer, créée le 15-09-2024

"Je voudrais signaler le livre d’Antoine Foucher, « Sortir du travail qui ne paie plus », aux éditions de l’Aube. L’auteur constate que, pendant les 30 glorieuses, le niveau de vie a augmenté de 5% par an, ce qui permettait de le doubler en 15 ans. Aujourd'hui, il augmente de 0,8% par an, autrement dit, il faut travailler 84 ans pour vivre deux fois mieux. Le mouvement qui voulait que l'on vive de mieux en mieux en travaillant de moins en moins grâce à un travail de plus en plus productif s’est arrêté. Les travailleurs actuels doivent travailler davantage que leurs parents sans avoir l'espérance de vivre mieux qu'eux. Il nous faut réindustrialiser, investir dans l'éducation, dans les compétences et dans l'innovation alors que nous surinvestissons dans les retraites et la protection sociale. Ne plus faire reposer sur les travailleurs l'essentiel de la fiscalité, car nous taxons le travail 8 fois plus que l'héritage, 3 fois plus que les retraites, une fois et demie plus que la rente. Il faut remettre à plat la fiscalité, soulager le travail de 100 milliards d'euros, taxer les 10% des héritages des plus élevés et les retraites les plus substantielles. Il faut créer une TVA de souveraineté, par exemple sur les biens intensifs en carbone importé comme les voitures produites en Asie, qui serait soumise à une TVA de 25%. La moindre originalité de ce livre n'est pas de proposer pour cette remise à plat de la fiscalité un référendum qui définirait un nouveau contrat social fondé sur le travail."



La grande illusion : journal secret du Brexit (2016-2020)

Michaela Wiegel, créée le 15-09-2024

"En attendant le gouvernement, on peut s’intéresser à la pensée de Michel Barnier, et il se trouve qu’il avait publié son journal de la période du Brexit, et il vient d’être publié en livre de poche. Le livre nous apprend tout de même des choses utiles pour la situation d’aujourd’hui, par exemple ce qu’il pense de Mme Le Pen. Et puis, en fil rouge, on retrouve en France les mêmes angoisses qui ont touché le peuple britannique. On aura donc les mêmes populistes si l’on n’y prend pas garde. "