Les brèves

L’ange et la bête

Michaela Wiegel, créée le 19-09-2021

"J’ai lu avec beaucoup de retard le livre de Bruno Le Maire, ce qu’il appelle des « mémoires inachevées ». C’est parce qu’il a eu la Covid-19 que le ministre, forcé de s’isoler, a trouvé le temps de terminer ce livre. Ce qui m’a le plus intéressé, c’est le portrait qu’il dresse d’Olaf Scholz, le ministre des Finances allemand et favori parmi les possibles futurs chanceliers. Le livre a le mérite de montrer l’homme politique que pourrait être Scholz, c’est un homme qui n’est à l’aise que dans sa propre langue. De son côté, Bruno Le Maire parle très bien l’allemand, et il décrit comment, dans une démarche typiquement française, il a commencé par le flatter, en lui parlant de Thomas Mann. Olaf Scholz, voyant la ficelle, a éclaté de rire. A travers ce portrait, on retrouve assez bien la relation franco-allemande dans toute sa complexité."


Notre vagabonde liberté

Nicolas Baverez, créée le 19-09-2021

"Je recommande le récit du périple de Gaspard Koenig, sur les traces de Montaigne. L’auteur a eu l’idée de refaire le trajet du philosophe en Europe. Après s’être réfugié dans sa tour, Montaigne était parti à Paris, dans l’Est, en Allemagne pour arriver jusqu’à Rome. Avec son cheval Destinada, Koenig a suivi le même itinéraire. C’est passionnant, car il y a une espèce d’écho entre le XVIème et le XXIème siècle, au fil des rencontres. Il y a d’étonnants facteurs de stabilité, en Italie notamment, où il retrouve dans le même palais florentin l’héritière du Comte qui reçut Montaigne il y a 500 ans. C’est plein de notations, de fantaisie, il s’agit d’un hymne à la liberté et à l’Europe."


Le livre de Maître Mô

Philippe Meyer, créée le 19-09-2021

"Maître Éolas, pénaliste affûté, suivi sur Twitter par plus de 360 000 abonnés, pédagogue limpide, railleur et ferrailleur, la liberté comme une fleur à la bouche m’a naguère fait lire « Au Guet-Apens » de son confrère lillois maître Mô. A peine ce livre terminé, j’avais dit aux auditeurs du Nouvel Esprit public à quel point j’avais été touché par ces récits brefs, denses et fraternels de l’ordinaire d’un avocat au pénal. Maître Mô, Jean-Yves Moyart, est mort en février dernier à 53 ans. Son confrère Éric Morain annonça cette perte en écrivant « Il y a les élégants, les talentueux, les généreux, les fêtards, les courageux, les fêlés laissant passer la lumière, mais je n’ai connu aucun autre avocat qui soit tout cela à la fois ». Et Pascale Robert-Diard, l’une des plumes qui donnerait envie d’être journaliste, saluait ainsi sa mémoire dans Le Monde : « Un colosse fragile qui se consumait pour ceux qu’il défendait, portait la peine des autres et ne riait que de lui. Un avocat bienveillant et ce n’est pas un oxymore ». Les quelques 70 000 personnes qui suivait maître Mô sur Twitter ont perdu – beaucoup l’ont écrit - un homme qui les tirait vers le meilleur d’eux-mêmes. « Au Guet-apens » et d’autres textes sont réédités aujourd’hui aux Arènes sous le titre « Le Livre de Maître Mô ». Je l’ai relu avec la même émotion, celle qui nait de la compagnie d’un homme intranquille, à qui rien de ce qui est humain n’était étranger."


Le premier XXIème siècle

Jean-Louis Bourlanges, créée le 19-09-2021

"Je voudrais recommander le livre de mon camarade de la Cour des Comptes, Jean-Marie Guéhenno. Je l’ai lu cet été, et trouve que la pensée est d’une complexité rare. Il y a peu de préconisations, et c’est tant mieux, mais la crise de l’Occident et de la démocratie est analysée avec une très grande finesse. Tout part d’un constat : l’Europe s’est trompée en croyant que le modèle démocratique avait triomphé, alors qu’il ne s’agissait que de l’effondrement du modèle soviétique. A partir de ce grand malentendu, il analyse toutes composantes de la crise démocratique et montre que cela va bien au delà des querelles qui nous agitent, qu’il s’agit d’une transformation de la conception même des rapports entre les citoyens, c’est à dire une société politique fragmentée, organisée dans des territoires de plus en plus virtuels, fondée sur l’identité et l’ajustement difficile entre des identités plus ou moins compatibles (d’où l’idéalisation du respect). Une démocratie profondément en panne, qui a substitué le culte des identités à l’organisation de l‘altérité et à l’organisation du bien commun. Enfin, une lecture aussi ambivalente qu’intéressante sur la Chine, dont il montre à la fois le caractère horrifique, mais aussi le modèle implicite que cela représente pour une société comme la nôtre, éperdue de discorde et de querelles."



La cellule Enquête sur les attentats du 13 novembre 2015

Béatrice Giblin, créée le 12-09-2021

"Je vous recommande un roman graphique dont on commence à beaucoup parler. Il s’agit de l’enquête sur les attentats du 13 novembre 2015, écrite par un Soren Seelow (un journaliste du Monde) et Kévin Jackson. Les dessins de Nicolas Otero sont magnifiques, d’une sobriété remarquable, en noir et blanc avec ça et là quelques touches de couleur. Il ne s’agit pas d’une charge contre les terroristes, ni contre l’islam, ni contre les services judiciaires ou de police, c’est une enquête, avec une précision et une méticulosité remarquables. Cela permet au lecteur de suivre la complexité de la préparation, des commanditaires, comment les services de police étaient tout à fait convaincus qu’un attentat était imminent. On voit les failles (surtout du côté belge) principalement dues à des manques de moyens, mais aussi d’imagination, et des négligences invraisemblables. Cette lecture aide vraiment à s’y retrouver."



La loi de Téhéran

Philippe Meyer, créée le 12-09-2021

"Je recommande ce film de Saeed Roustayi. Il s’agit d’un film iranien. Scénario, rythme, interprétation, tout est impressionnant, mais c’est également un formidable portrait de la société iranienne, pas du tout celle à laquelle on s’attend sous le régime des mollahs. Une société où la drogue, la corruption, et tout ce qui va avec sont à une niveau d’intensité inouï. Sans compter des images de ce que sont les gardes à vue dans le Téhéran d’aujourd’hui. "


Onoda 10 000 nuits dans la jungle

David Djaïz, créée le 12-09-2021

"Je vous conseille moi aussi un film, celui-ci est réalisé par Arthur Harari, sur ce soldat japonais, arrivé trop tard sur une île des Philippines pendant la Guerre du Pacifique, et qui refuse de désarmer, parce qu’il pense que c’est une ruse, et que la guerre continue. C’est tiré d’une histoire vraie, cet homme va rester 30 ans dans la jungle. Les 2h45 du film me faisaient un peu peur avant la séance, je me disais : « pour un type dans la jungle … » Or on ne s’ennuie pas une seconde. Le personnage a un côté Don Quichottesque. C’est par ailleurs le deuxième long-métrage d’un réalisateur français qui a beaucoup d’avenir."


La guerre de vingt ans Djihadisme et contre-terrorisme au XXIème siècle

Marc-Olivier Padis, créée le 12-09-2021

"Pour éclairer notre conversation, je vous conseille cet ouvrage remarquable de Marc Hecker et Elie Tenenbaum. C’est vraiment la somme sur le sujet. Les auteurs sont deux chercheurs de l’IFRI. Nous avons eu des centaines de textes éclairant différents aspects du sujet, mais il s’agit ici de la synthèse de tout cela, extrêmement précise, factuelle, très bien construite. Cela se lit presque comme un roman policier. Il s’agit vraiment d’un livre remarquable à tous les égards. "


Miarka

Philippe Meyer, créée le 05-09-2021

"C’est le portrait d’une jeune femme, à vrai dire encore une adolescente : elle a 19 ans quand elle entre dans la Résistance où elle est chargée de l’acheminement des faux papiers. Elle court de grands risques pendant deux ans, avant d’être arrêtée, torturée et envoyée à Ravensbrück puis à Mauthausen pendant que sa mère, son père, son frère Jean et ses sœurs Madeleine et Simone sont déportés dans le cadre de la solution finale. Denise Jacob – Miarka dans la Résistance- est la sœur de Simone Jacob, plus tard Simone Veil. Leur père, leur frère, leur mère mourront dans les camps. Miarka est le portrait d'une femme de beaucoup d’éclat physique et moral, issue d’une famille impressionnante par son attachement au savoir, aux livres, à la littérature, à la conversation, aux échanges, à l’impératif moral, à la recherche de la beauté et à la France. L’admiration qu’Antoine de Meaux voue à Miarka n’est pas béate, elle est tonifiante et contagieuse. Mais son livre est aussi un livre remarquable -et, quelquefois, terrible - par la clarté, la précision et la retenue qui en sont la marque. Pour moi qui ai signé avec Frédéric Rossif « De Nuremberg à Nuremberg », un documentaire sur le nazisme, la difficulté dans laquelle se sont trouvées les déportées parce que résistantes et les déportées parce que juives à partager leur destin n'a jamais été aussi claire, ni aussi prenante. La réflexion sur la transmission qui termine ce livre me touche au plus haut point."


Lake success

Lucile Schmid, créée le 05-09-2021

"Je vous recommande ce roman de Gary Shteingart. L’auteur est américain, mais né en URSS en 1972, et arrivé aux USA à l’âge de sept ans. L’histoire se déroule pendant l’été 2016, juste avant l’élection de Donald Trump. Le héros est un multimillionnaire qui, à la suite d’une dispute conjugale, décide sur un coup de tête, en pleine nuit, de prendre un bus en direction du Nouveau-Mexique. Il va ainsi rencontrer l’Amérique qui va voter Trump, ce qui ne serait jamais produit sans ce voyage imprévu.Pendant ce temps, sa merveilleuse épouse new-yorkaise entame une liaison avec un écrivain qui pourrait bien être un double de l’auteur. Passionnant, et plein d’humour."