Les brèves

Minuit moins dix à l’horloge de Poutine

Marc-Olivier Padis, créée le 05-07-2024

"J’en reviens à des sujets politiques, et au climat de violence latente que l’on peut ressentir. On pointe souvent la responsabilité des médias et des réseaux sociaux, mais il faut comprendre qu’il ne s’agit pas d’un phénomène advenant mécaniquement, mais qu’il y a des acteurs qui cherchent à amplifier les tensions au sein de la société française. Nous ne sommes certes pas en guerre contre la Russie, mais pour autant, celle-ci a bel et bien lancé une guerre informationnelle contre la France. On en a des preuves tous les jours. David Chavalarias est chercheur, mathématicien et spécialiste des réseaux. Il a un site internet, Politoscope, que je vous recommande d’aller voir. Il travaille sur la manière dont l’amplification des violences verbales et des opinions extrêmes est opérée par des agents. Il a écrit un livre (Toxic data) et sur son site, il a fait une note plus directement liée aux élections européennes, dans laquelle il décrit très bien le fonctionnement de diffusion et d’amplification de fausses informations et d’opinions extrêmes, qui n’ont pour but qu’échauffer les esprits. On se souvient par exemple de deux expéditions de pieds nickelés russes, pour peindre sur les murs de Paris des étoiles de David, ou des mains rouges sur le Mémorial de la Shoah. Tout cela est fabriqué. Aujourd’hui, le fait de garder notre sang-froid, de résister aux extrêmes, et de comprendre pourquoi la démocratie a besoin de modération est une tâche se salubrité publique."


Dictionnaire des étrangers qui ont fait la France

Matthias Fekl, créée le 05-07-2024

"Puisqu’il est à la mode de faire des listes de binationaux et de Français d’origine étrangère, je conseille un livre paru il y a une dizaine d’années sous la direction de Pascal Ory, qui nous rappelle tout ce que notre pays doit à des étrangers. Certains sont devenus Français, d’autres pas, et que ce soit dans les sciences, les arts, la littérature, la chanson, ils sont partout. Même Astérix est né de deux pères d’origine étrangère ! Marie Curie, Joséphine Baker, Picasso, Le Corbusier, Zola, Beckett, Gary, Aznavour, Pierre Cardin, Goscinny, Uderzo … N’oublions pas tout ce qu’on leur doit."



Rwama, vol. 1 : mon enfance en Algérie

Philippe Meyer, créée le 30-06-2024

"A propos de bandes dessinées, suite à une brève précédente d’Akram, j’ai acheté ce roman graphique et je ne puis que seconder sa recommandation à nos auditeurs : avec un trait aussi clair que soigné, Salim Zerrouki nous éclaire de façon très simple sur l’histoire de l’Algérie depuis son indépendance, à travers l’enfance d’un gamin qui grandit dans un immeuble un peu particulier d’Alger, entre 1975 et 1992. C’est le premier volume d’une série, et j’ai personnellement hâte que suivant paraisse. "


Six pieds sur terre

Isabelle de Gaulmyn, créée le 30-06-2024

"Ce film de Karim Bensalah nous raconte l’histoire de Sofiane, jeune homme d’origine algérienne, qui vit en France, y fait beaucoup la fête, et reçoit soudain une Obligation de Quitter le Territoire Français, car il ne passe pas ses examens universitaires. Pour pouvoir rester en France, il va travailler dans une entreprise de pompes funèbres musulmane. Le film est très intéressant, et la façon dont l’islam s’occupe du corps des défunts est filmé de façon très belle. A travers ce soin aux défunts, le jeune homme va retrouver une forme d’ancrage dans la société, que sa double identité avait un peu dissipé. Un film qui donne à réfléchir sur la religion, l’identité, la culture, autant de sujets complexes auxquels est confrontée toute une jeunesse."



Contre la barbarie : 1925-1948

Nicolas Baverez, créée le 30-06-2024

"Et puis je vous conseille cet autre livre, qui vient de ressortir. Klaus Mann, deuxième fils de Thomas Mann, est né en 1906. Parti aux Etats-Unis en 1933, il revient en Europe en 1945, sous l’uniforme américain. Ce livre rassemble certaines de ses chroniques, il y analyse l’arrivée au pouvoir d’Hitler, et insiste beaucoup sur le manque de lucidité des forces politiques et économiques conservatrices, qui ont voulu pactiser avec Hitler, pensant en faire leur instrument, le simple agent d’une révolution conservatrice. Évidemment, il en est allé tout autrement. Un témoignage très intéressant, qui résonne lui aussi avec l’actualité."


Revue Telos

Philippe Meyer, créée le 23-06-2024

"Je vous conseille la revue en ligne Telos, qui publie un article quotidien dont je trouve que la lecture est à la fois agréable et riche, elle ouvre des tas de pistes. Par ailleurs, le galeriste Alexis Nabokov a posté cette citation de Pier Paolo Pasolini sur les réseaux, que je trouve particulièrement pertinente à l’heure actuelle et que je reprends ici : « Il existe aujourd'hui une forme d'antifascisme archéologique qui est en somme un bon prétexte pour se décerner un brevet d'antifascisme réel. Il s'agit d'un antifascisme facile, qui a pour objet et objectif un fascisme archaïque qui n'existe plus et qui n'existera plus jamais. [...] Voilà pourquoi une bonne partie de l'antifascisme d'aujourd'hui ou, du moins, de ce que l'on appelle antifascisme, est soit naïf et stupide, soit prétextuel et de mauvaise foi; en effet, elle combat, ou fait semblant de combattre, un phénomène mort et enterré, archéologique, qui ne peut plus faire peur à personne. C'est, en somme, un antifascisme de tout confort et de tout repos. Je suis profondément convaincu que le vrai fascisme est ce que les sociologues ont trop gentiment nommé « la société de consommation », définition qui paraît inoffensive et purement indicative. Il n'en est rien. »"


Clause de conscience

Richard Werly, créée le 23-06-2024

"Gilles Martin-Chauffier a longtemps été critique littéraire à Paris Match. Il signe ce roman, qui nous fait entrer dans la cuisine des journalistes français, et notamment dans les rédactions quand les journaux sont rachetés par des milliardaires. L’auteur nous montre que quand vous avez quelques dizaines d’années d’expérience de journaliste et que votre publication est rachetée, vous ne pensez plus qu’à une chose : votre clause de conscience, c’est-à-dire l’indemnité que vous pourrez toucher en démissionnant (la clause de conscience est automatique en France, quand un journal change de propriétaire). J’ai trouvé cela très intéressant, l’auteur nous raconte avec une grande candeur la façon dont la plupart des journalistes ne sont que dans le calcul : combien ils peuvent toucher en quittant tel milliardaire avant de rejoindre tel autre … l’essentiel étant de trouver le bon, c’est-à-dire celui qui paiera le mieux. C’est un remake contemporain des Illusions perdues de Balzac, qui nous fait réfléchir au spectacle qu’offrent les médias à un moment où ils ne cessent de juger les politiques."


Mexica

Lucile Schmid, créée le 23-06-2024

"Je vous recommande vivement d’aller voir cette exposition au musée du Quai Branly. Elle m’a vraiment enthousiasmée, même si elle a aussi provoqué un peu d’effroi, puisque vous savez que dans la civilisation mexica (qu’on a longtemps appelée « aztèque »), le lien entre les dieux et les hommes se fait par le biais du sacrifice. On peut donc y voir des squelettes d’animaux revêtus d’atours guerriers, et même un squelette humain. Il y a plus de 500 objets découverts récemment, c’est vraiment une réalisation exceptionnelle, et puis n’oublions pas que cette civilisation n’a été conquise qu’à cause de la variole, et donc de l’absence de vaccins, ce que je trouve très parlant aujourd’hui encore. Allez admirer ces objets magnifiques, mais préparez-vous à être effrayés. "



Soutien à Pascal Perrineau

Jean-Louis Bourlanges, créée le 23-06-2024

"J’ai en effet l’honneur d’appartenir au comité éditorial de la revue Telos, et nous avons récemment publié un texte de soutien à Pascal Perrineau. Ce professeur de Sciences Po s’est vu refuser, contre tous les usages universitaires, le renouvellement de son éméritat. C’est absolument injustifié : rien dans son attitude, sa pratique universitaire ou la qualité de sa recherche ne justifie cette décision. Elle n’est que le résultat d’un désaccord idéologique, Pascal Perrineau ne partageant pas les dérives wokistes de Sciences Po. "