Les brèves

Les États-Unis au bord de la guerre civile ? Pourquoi les Américains se détestent.

Philippe Meyer, créée le 17-11-2024

"Le second de Mathieu Gallard, Les États-Unis au bord de la guerre civile ? Pourquoi les Américains se détestent. Mathieu Gallard a écrit son livre plusieurs mois avant l'élection mais il prend la candidature de Trump très au sérieux et il y voit un moment décisif d'une évolution vers la polarisation du pays dont il pense qu'elle le conduit au bord de la guerre civile, situation dont il cherche à déceler les conséquences. Lui aussi replace les tensions politiques et sociales dans leur contexte historique et analyse le processus de polarisation à partir de l'apolitisme des années 50 avant d'examiner les différents scénarios possibles pour les États-Unis et leurs conséquences pour l'Europe. Mathieu Gallard rappelle que les lois clivantes sur les droits civiques ou sur la protection sociale ont été adoptées naguère par des majorités bipartisanes aujourd'hui impossible à réunir. Il souligne un point que j'ai peu vu développé : celui d'un découpage électoral ultra partisan qui n'incite plus les élus à conquérir un électorat modéré, découpage couplé à un système de primaire qui conduit à sélectionner les candidats radicaux et à un système de financement de la vie politique qui offre aux donateurs de considérables possibilités d'influence. Si on observe que de Reagan à Trump les Républicains se sont considérablement radicalisés, on a moins conscience que ce mouvement existe également chez les Démocrates. Gallard définit une polarisation affective qui a contribué à l'élection de Trump et souligne que la polarisation aux États-Unis si elle n'est pas totale pourrait encore s'aggraver."


The old country

François Bujon de L’Estang, créée le 17-11-2024

"La maison de disques allemande ECM publie ce disque de Keith Jarrett, pianiste très connu, qui a aujourd’hui 79 ans et ne peut malheureusement plus jouer, à cause d’une attaque cérébrale. Ce disque regroupe plusieurs enregistrements d’une série de concerts que Jarrett a donnés en 1994, en trio, dans un club très confidentiel de sa ville natale (Allentown, Pennsylvanie), le Deer Head Inn. Un premier disque était déjà sorti à l’époque, celui-ci est un complément, avec huit morceaux nouveaux. Pour ceux qui aiment Keith Jarrett et sont plus familiers de ses enregistrements récents, ce flashback dans les années 1990, avec une prestation d’un soir, est sera aussi bienvenu que rafraîchissant. Et puis, de la part d’un musicien dont on peut craindre de n’avoir plus rien à attendre, c’est un disque très émouvant."


Revue Esprit de novembre 2024 : le malentendu agricole

Nicole Gnesotto, créée le 17-11-2024

"L’intérêt et le sérieux des analyses de la revue Esprit ne sont plus à démontrer, et il faut bien reconnaître que la sortie de ce numéro tombe à pic pour éclairer ce moment où les agriculteurs vont de nouveau faire parler d’eux. On apprend beaucoup sur le malaise agricole dans ce numéro, on y retrouve tous les paradoxes qui le constituent, on voit qu’il ne touche pas seulement le modèle productiviste mais aussi le modèle bio, on s’aperçoit à quel point les agriculteurs sont désormais de moins en moins nombreux, et à quel point ils restent aimés par la population française, qui la plupart du temps se fait de leur métier une idée assez fantasmée. L’un des plus grands paradoxes étant la PAC, devenue indispensable à la survie du modèle agricole français, et qui dans le même temps écrase les agriculteurs sous une montagne de normes et d’injonctions parfois contradictoires. "



Trois fermiers s’en vont au bal

Lucile Schmid, créée le 10-11-2024

"Face à l’actualité géopolitique un peu déprimante, je me suis dit que la littérature américaine ferait du bien. Je suis donc allée rechercher dans ma bibliothèque ce livre de Richard Powers, que j’avais lu il y a longtemps. C’est le premier livre de cet auteur qui a connu par la suite un immense succès avec L’arbre-monde. Il y revisite l’Histoire croisée des Etats-Unis et de l’Europe, et tout le XXème siècle, puisque le héros, jeune journaliste de Boston, est fasciné par une photographie d’August Sander, représentant trois jeunes fermiers allant au bal en 1914. Peut-être est-il bon dans la période actuelle de repenser cette Histoire qui nous unit, de nous dire qu’il y a plusieurs Amériques, et que l’une d’elle aime l’Europe et qu’elle aura peut-être un jour droit à la parole. "


Jean Monnet et Charles de Gaulle : destins croisés, oppositions et héritages

Jean-Louis Bourlanges, créée le 10-11-2024

"Je signale deux livres à nos auditeurs. D’abord ce livre collectif, réalisé sous la direction d’Eric Roussel et Laurent Warlouzet, préfacé par Michel Barnier. Très intéressant, car je me sens personnellement assez proche de Michel Barnier (un gaulliste qui a choisi l’Europe, pour le dire vite). Ici, on deux personnalités tout à fait antagonistes qui ont travaillé ensemble. "


Mémoires interrompus

Philippe Meyer, créée le 10-11-2024

"L’Institut Lumière et Actes Sud publient ces Mémoires interrompus de Bertrand Tavernier. C’est aussi passionnant que son Voyage au cœur du cinéma français, on y retrouve la qualité de la mémoire et l’ampleur du regard de l’auteur. C’est à la fois sa ville, Lyon, son enfance, son entrée dans le cinéma, d’abord comme spectateur glouton, puis comme attaché de presse (de Jean-Luc Godard entre autres), ses premiers films, l’importance du soutien de Philippe Noiret … Plus largement, c’est tout le monde du cinéma, avec les films, les producteurs, les acteurs, les techniciens, la cantine des tournages, qu’on retrouve dans ce livre, avec la générosité de Bertrand Tavernier. Et bien que le livre soit assez épais, il se termine très tôt, avec Un dimanche à la campagne, qui est l’un de ses films que je préfère. Mais c’est une bonne chose que le livre se termine sur ce film, que Bertrand a fait (et réussi) contre toute raison, et qui lui avait valu les insultes les plus répugnantes de certains journaux."





Zombis : la mort n’est pas une fin ?

Lionel Zinsou, créée le 10-11-2024

"C’est une exposition que je vous recommande cette semaine, au musée Jacques Chirac, qu’on appelle encore « du Quai Branly » (bien qu’il n’y ait plus de quai Branly). Que se passe-t-il d’intéressant après le trépas ? Toutes les cultures humaines se sont posées la question. En tant que Béninois, je suis passionné par les zombis, car c’est une forme d’eschatologie, même si elle est un peu pénible puisque cette « vie » procède de la magie noire, et que les statues sont légèrement inquiétantes … On peut donc traiter l’anxiété de l’actualité par l’angoisse ! Allez voir cette exposition, consacrée au vaudou haïtien. Le mot même de « zombi » vient du Congo, alors que le vaudou est typiquement béninois. Allez voir « Zombis », et dites-vous qu’il existe un vaudou plus doux que celui d’Haïti et du Brésil. Cette vie après la mort n’est peut-être pas très exaltante, mais elle est passionnante."