Les brèves

Les aveuglés : comment Berlin et Paris ont laissé la voie libre à la Russie

Jean-Louis Bourlanges, créée le 15-10-2023

"Je recommande le livre de notre amie Sylvie Kaufmann, qui sort mercredi 18. Lors des débuts de la guerre en Ukraine, on entendait beaucoup « on n’a pas fait ce qu’il fallait avec les Russes, nous aurions dû être plus gentils avec eux ». Sylvie Kaufmann montre de manière implacable à quel point l’Allemagne et la France se sont trouvés en porte-à-faux, ne comprenant profondément rien à ce qu’était Vladimir Poutine. Et cela explique jusqu’à nos rapports difficiles avec l’Allemagne aujourd’hui : elle est inquiète de son rapport à la Russie, de sa compétition industrielle avec la Chine, de sa sécurité avec les Etats-Unis, et de ses choix écologiques. Il y a là un immense trouble, qui complique toute la dynamique européenne."




Ramses 2024 Un monde à refaire

Nicole Gnesotto, créée le 08-10-2023

"Comme tous les automnes, je parle d’un marronnier d’excellence, à savoir le rapport de l’IFRI, qui vient de paraître. C’est un très bon cru, il y a trois focus importants. D’abord, les leçons de la guerre en Ukraine, ensuite l’Inde, pays peu connu en France, et enfin une série de prospectives à plusieurs voix sur le monde à venir. Je trouve que l’édition de cette année est assez différente des autres, en ce qu’il y a de vraies analyses. D’abord sur la militarisation de l’interdépendance, c’est à dire la politique des sanctions en tant qu’arme de politique étrangère. On y trouve aussi un article très éclairant sur les fractures géopolitiques entre l’internet de l’Ouest et l’internet chinois. Et puis, la somme sur l’Inde, qui nous détrompe sur énormément de choses."


Mémorial face à l’oppression russe

Philippe Meyer, créée le 08-10-2023

"Je voudrais signaler la parution aux éditions plein jour d'un livre d’Étienne Bouche « Mémorial face à l'oppression russe » qui rassemble le fruit d'entretiens avec des personnalités de l'organisation non-gouvernementale Mémorial qui a reçu le prix Nobel 2022, a été empêchée d'agir par un tribunal aux ordres de Vladimir Poutine, et une réflexion sur le rapport de la société russe avec son passé. Etienne Bouche met en lumière la maladie de la mémoire qui affecte la société russe en même temps qu'il analyse l'échec de Mémorial à traiter et plus encore à guérir cette maladie. Nicolas Werth, l'historien de l'Union soviétique et président de Mémorial France parle « d'un livre foisonnant où le lecteur fait la connaissance des principaux acteurs ayant marqué depuis 30 ans Mémorial tout en obtenant de nombreuses clés d'explication sur cette maladie de la mémoire qui caractérise la société russe d'aujourd'hui. »"


Journal janvier-juin 2020

Richard Werly, créée le 08-10-2023

"De l’autre, le journal d’Agnès Buzyn, qui vient de paraître. Elle y règle aussi des comptes, mais très prudemment : ni avec Edouard Philippe, ni avec Emmanuel Macron. Avec tous les autres en revanche, elle ne se prive pas. Personnellement, ces règlements de comptes littéraires me posent des questions. Encore une fois, le lecteur peut y trouver du plaisir, voire de l’intérêt, mais on a tout de même envie de demander à ces deux auteurs : « et après ? »"


Ne réveille pas les enfants

Marc-Olivier Padis, créée le 08-10-2023

"Pour une personne née après 1962, il est toujours surprenant de voir à quel point la guerre d’Algérie reste dans notre histoire comme un récit souterrain qui ne cesse de resurgir là où on ne l’attend pas. C’est ce qui m’a intéressé dans ce livre d’Ariane Chemin, qui commence comme une enquête journalistique sur un fait divers qui s’est déroulé à Montreux, en Suisse, en 2022 mais qui laisse émerger, dans l’exploration d’une histoire familiale tourmentée, des souvenirs enfouis de cette guerre d’Algérie. En 1955, la résistante française et anthropologue des sociétés méditerranéennes Germaine Tillion fonde en Algérie les Centres sociaux, des lieux destinés notamment à l’éducation des jeunes filles algériennes. Parmi les dirigeants de ces centres sociaux, l’écrivain kabyle Mouloud Feraoun, dont le premier roman, le Fils du pauvre a été publié par les éditions du Seuil en 1950. Il est assassiné par l’OAS le 15 mars 1962. C’est un homme qui aura manqué à la construction de l’Algérie indépendante. Comme le dit un personnage interrogé par la journaliste : « j’avais espéré avoir oublié cette histoire ». « Ne réveille pas les enfants », dit le titre : ne réveille pas les souvenirs. Et pourtant, ils sont là, ils font partie de notre histoire. C’est ce que raconte, à travers un fait divers, cette enquête de la journaliste du Monde."


Prophète en son pays

Richard Werly, créée le 08-10-2023

"Je vous recommande deux livres, cette semaine, qui sont très différents mais ont en commun le règlement de comptes, en passe de devenir un genre éditorial en soi. Le premier est signé de Gilles Kepel. Il parle de la menace islamiste, l’auteur raconte comment il a été marginalisé par l’université française, et comment son expertise lui a valu l’opprobre de ceux qui ont préféré surfer sur des schémas idéologiques « occidento-tiermondistes » (pour reprendre le terme qu’il emploie). Il profite de ce livre pour régler ses comptes, ce qui a au moins le mérite d’accrocher le lecteur."


Mappa naturae

Béatrice Giblin, créée le 01-10-2023

"« Je n’affirme pas qu’il est impossible de tenir une conversation intelligente sans l’aide d’un atlas, mais je dis que dès que les hommes commencent à parler de quelque chose de vraiment important, il faut aller chercher l’atlas ». Rudyard Kipling. Je vous recommande ce livre, signé par un collectif qui a pris le nom de Stevenson. C’est le troisième volume de cet travail sur les cartes, et celui-ci est consacré à la géographie physique (les deux précédents à la géographie urbaine et aux îles) : océans, montagnes, déserts, pôles ... On navigue dans tout cela et aussi à travers le temps, car certaines cartes sont très anciennes, il y a par exemple la première carte météorologique de Halley (celui-là même qui donna son nom à la comète). L’ouvrage est très beau et donne beaucoup à rêver. Et en face, il y a toujours des textes, de Kipling à Léonard de Vinci. Enfin, ce travail n’est absolument pas réalisé par des géographes, mais par des philosophes, des historiens. Personnellement, cela me désespère un peu pour les géographes, car cela prouve qu’ils n’ont toujours rien compris."


L’énigme algérienne : chroniques d’une ambassade à Alger

François Bujon de L’Estang, créée le 01-10-2023

"Faisant partie de cette corporation, j’ai été particulièrement frappé par la pluie de livres de souvenirs d’anciens ambassadeurs, c’est une véritable épidémie. Il faut donc être méfiant, mais tout de même, certains de ces livres sont intéressants, quand ils sortent de la catégorie des mémoires. C’est le cas de celui de Xavier Driencourt, publié en 2022. C’est le bilan d’une expérience forte (Driencourt a été deux fois ambassadeur en Algérie), et le livre et très éclairant sur le pays, et non sur les mémoires de son auteur. Le diagnostic que pose l’auteur sur l’Algérie est implacable, il démontre que le ressentiment anti-français est un fonds de commerce permanent, utilisé par les dirigeants algériens pour vivre d’une « rente mémorielle » ; c’est mis en lumière dans tous les chapitres qu’il examine, à propos de l’immigration, par exemple. Le fait qu’un pays qui critique ouvertement et constamment la France, et s’efforce d’éradiquer l’enseignement du français dans l’enseignement privé, vit toujours sur l’accord de 1968 sur l’immigration, donne à réfléchir."


Croix de cendre

Philippe Meyer, créée le 01-10-2023

"Je recommande ce roman d’Antoine Senanque, qui figure sur la liste des Goncourt. L’intrigue se déroule dans un milieu qui excite les curiosités, le milieu ecclésiastique, sur fond de rivalité entre religieux dominicains et prêtres séculiers au 14ème siècle, le siècle de Maître Eckart, l’un des héros de ce livre, juste après la peste noire. Antoine Senanque réussit à maitriser une documentation substantielle, il peint des personnages auxquels il n’est guère possible de ne pas s’attacher et d’autres - un autre notamment, l’inquisiteur de Toulouse - dont il n’est pas possible de ne pas être effrayé. Quand Antoine Senanque prend des libertés avec l’Histoire, ce sont des libertés fécondes et étonnamment vraisemblables. On a qualifié son roman de roman épique ou de polar moyenâgeux. Ce sont des qualificatifs incontestables, mais je leur ajouterai qu’Antoine Senanque est d’abord un écrivain de l’amitié. Cela m’avait frappé dans l’un de ses précédents romans Que sont nos amis devenus ? que j’avais signalé à nos auditeurs, c’est encore plus évident dans celui-ci et ce n’est pas le moindre de ses charmes."


Histoire totale de la seconde guerre mondiale

Nicolas Baverez, créée le 01-10-2023

"Passons de la géographie à l’Histoire, puisque je vous recommande cet ouvrage d’Olivier Wieviorka. J’ai l’impression qu’avec ce travail, l’auteur a remporté son pari, pourtant très ambitieux. On a à la fois tous les fronts, mais aussi toutes les dimensions : militaire, stratégique, économique, sociale, politique, idéologique … C’est d’une certaine manière l’aboutissement de toute une vie de travail, ce livre est non seulement un grand livre d’Histoire, mais aussi un éclairage très précieux pour aujourd’hui. Quand on regarde la guerre d’Ukraine par exemple, il y a des souvenirs de la grande famine organisée par Staline. Du côté de Poutine, il y a la référence permanente à la guerre patriotique, et l’affirmation aberrante selon laquelle l’Ukraine serait dirigée par des nazis. "